Argentine et Tango à Aix le 9 février 2014

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Critique publiée sur le site de Classique en Provence (lien)

“Le théâtre du Jeu de Paume affichait complet, ce dimanche, pour un concert enthousiasmant et riche d’heureuses découvertes.

Le programme, tout entier consacré à la musique argentine du XXe siècle, a débuté par les Indianas de Carlos Guastavino, suite de six chansons pleines de charme dont le thème principal est l’amour. Elles furent exécutées avec brio par le Chœur Régional accompagné par Philippe Reymond au piano. Venait ensuite Adios Nonino, une pièce émouvante d’Astor Piazzolla, écrite en hommage à son père disparu. L’ensemble des instruments à cordes de l’orchestre d’Avignon, Gilbert Pereyra au bandonéon en furent les interprètes sensibles.

Enfin, apothéose d’un concert jubilatoire, la Misa Tango (Misa a Buenos Aires) de Martin Palmieri pour orchestre à cordes, chœur mixte, mezzo-soprano, bandonéon et piano. Quelle œuvre étonnante ! On y retrouve tous les éléments traditionnels de la messe en latin ; mais les rythmes inhabituels inspirés par des airs de tango argentin, et le son si prenant du bandonéon lui donnent un caractère dansant et festif qui n’exclut en rien la poésie et l’émotion. La Misa Tango délivre un authentique message spirituel. D’ailleurs le public a laissé parler son cœur en applaudissant après le Gloria et le Credo !

Le succès de ce concert reposait sur la qualité d’interprètes de premier ordre. Le très bel ensemble des cordes de l’orchestre d’Avignon a séduit par sa couleur, sa finesse et une musicalité irréprochable. Le Chœur Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur a donné une fois encore la preuve de son excellence : qualité des voix, homogénéité, subtilité des nuances. Une réussite superbe ! Aux côtés de ces deux formations Philippe Reymond au piano, a su rendre par un jeu expressif et délicat toute la vie de cette musique contrastée.

Quant au bandonéoniste argentin, Gilberto Pereyra, on ne pouvait qu’être sous le charme de son interprétation équilibrant à la perfection virtuosité et sensibilité. Les interventions de la mezzo-soprano Karine Magnetto d’une grande musicalité et d’une belle intériorité ont de toute évidence contribué à l’émotion suscitée par la Misa Tango.

Tous ces artistes étaient placés sous la direction inspirée de ce chef remarquable qu’est Michel Piquemal. Offrant une lecture passionnante des œuvres, à la fois recueillie et enjouée, retenue et brillante, il a réussi à ménager de réels moments de grâce.

Une longue ovation a salué cette belle prestation et le public aixois conquis n’est pas prêt d’oublier cet après-midi à Buenos Aires !

V.S.”