Le dilettante d’Avignon

Revue de presse

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Extraits de la revue de presse rassemblée par l’Orchestre Avignon Provence suite au concert du 18 avril 2014 à l’opéra d’Avignon.

Une opérette à la gloire d’Avignon

Vaucluse Matin — 22 avril 2014

« Le public d’Avignon est bien le seul à s’y connaître. Les Avignonnais sont gens d’esprit, de culture et d’érudition ! » Qui donc affirme cela, en toute simplicité et en musique ? Ce sont les auteurs d’une opérette de 1829, Le Dilettante d’Avignon, librettiste et compositeur qui n’étaient même pas avignonnais ! Et quand le ténor Mathias Vidal, sourire en coin, a lancé cette fière réplique, ce vendredi soir, vous pensez bien que le public de l’opéra n’a pas boudé son plaisir. Le chœur Paca, l’orchestre régional Avignon-Provence (à l’origine du projet), les 5 solistes et le chef Michel Piquemal, tous se sont visiblement régalés à exhumer ce bijou totalement inconnu.

Recréation à Avignon du Dilettante d’Avignon de J.F. Halévy

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Sous la baguette de Michel Piquemal et avec le concours d’un casting vraiment très réussi, l’Opéra-Théâtre d’Avignon ressuscitait donc le 18 avril dernier, en version de concert, Le Dilettante d’Avignon, un opéra-comique de Jacques Fromental Halévy (1799-1862, dont l’heure de gloire a passé), créé en 1829 à Paris.

Le directeur de l’Opéra d’Avignon est le personnage central de cette gentille farce musicale —non pas l’actuel, Philippe Grison, à qui l’on doit d’avoir monté l’œuvre, mais celui de l’époque, Maisonneuve, qui se fait appeler Casanova, et qui ne jure que par la musique italienne et ne veut rien entendre en son théâtre qui ne soit italien. L’amusant de l’affaire est que la musique elle-même est un joli pastiche de bel canto, et constitue un ouvrage très bien fichu, très bien écrit et orchestré.

[…]

La recréation de ce Dilettante bénéficiait du soutien de la Fondation Palazzetto Bru Zane — Centre de musique romantique française installé à Venise. C’est beau Venise, mais pourquoi donc pas à Créteil, on se demande ! Le musicologue de la maison, Alexandre Drawicki, a retaillé dans le livret pour ce concert et les musiciens de l’Orchestre d’Avignon (impeccables), les choristes du Chœur Régional PACA se sont débattus avec un matériel d’orchestre d’époque — mais de cela ils n’ont rien laissé transparaître — en livrant une interprétation au plus haut niveau.

Michel Piquemal est une sorte de trésor national, et cela dure depuis quelques dizaines d’années sans qu’il en reçoive une reconnaissance suffisante. Non seulement en tant que chef de chœurs symphoniques amateurs, il réalise en Ile-de-France, en PACA et à Saintes un travail unique dans notre pays, mais encore il est bel et bien un chef excellent, qui sait faire travailler un orchestre. Alors qu’on ne sait plus citer de mémoire les noms des chefs de tant d’orchestres de région, alors que la musique du patrimoine français est toujours aux abonnés absents dans les programmes de nos phalanges de prestige, une bonne idée serait de lui donner un orchestre, et de lui laisser faire ce qu’il veut avec. On ne prendrait pas de risque, et pas même celui de la banqueroute.

Reste à parler des chanteurs de cette production, tous exquis. Les femmes, Mélody Louledjian et Virginie Pochon ; l’amoureux Dubreuil qui se fait appeler Imbroglio pour tromper Casanova, lequel était campé de manière drôlatique par Arnaud Marzorati.

S’il fallait donner une mention personnelle particulière, je l’offrirai au baryton-basse Julien Véronèse qui n’est pas seulement un excellent chanteur mais aussi un vrai fantaisiste comme il n’y en a plus beaucoup. Campant le rôle de l’acteur et régisseur du théâtre de Monsieur Maisonneuve/Casanova, il a réalisé une composition hilarante digne de Laurent Gerra, empruntant y compris l’accent au meilleur répertoire comique de Jean-Claude Gaudin !

On attend maintenant le disque — sans savoir encore chez qui il paraîtra.
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Viva il Palazetto !

Par Laurent Bury pour forumopera.com

Si le Centre de musique romantique française n’existait pas, il faudrait très vite l’inventer. […] Heureusement, le Palazzetto Bru Zane a vu le jour, grâce auquel – on l’a déjà dit, mais on ne le répétera jamais assez – notre connaissance de la musique française est radicalement transformée. Certaines résurrections ont surtout un intérêt historique, mais l’on déniche parfois des trésors, et Le Dilettante d’Avignon est un petit bijou qu’il aurait été dommage de laisser caché plus longtemps dans l’ombre des bibliothèques. […] Le compositeur, auquel on avait reproché un manque d’italianité pour son premier opéra, sur un livret en italien, y prenait la plus spirituelle des revanches en parodiant les excès d’une certaine musique italienne. […] On y ridiculise notamment la façon dont l’opéra italien construit des morceaux entiers sur la répétition de quelques mots. Prenant les deux vers parfaitement stupides qu’on attribue au père Malebranche – « Il fait en ce beau jour le plus temps du monde, / Pour aller à cheval sur la terre et sur l’onde » – le compositeur construit une sorte de grand final rossinien où il introduit même la mélodie de Malbrouck s’en va-t-en guerre, pour terminer sur un accelerando. On chante un « duo à trois voix » où le ténor dialogue tantôt en italien avec une soprano, tantôt en français avec une autre. On entend une déclaration d’amour à l’italienne, suivie d’une autre à la française. Tout cela est assez hilarant, et n’empêche pas Halévy de composer de la très belle musique, avec une économie de moyens qui force l’admiration, comme dans la première partie de l’air d’Elise, « Si tendre martyre il chante les tourments... », où l’on entend déjà le grand air de Rachel, « Il va venir », un des grands moments de La Juive à venir en 1835.

Et comme un bonheur ne vient jamais seul, au plaisir de la redécouverte s’adjoint celui d’entendre cette musique admirablement interprétée. Avec son Chœur Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur, Michel Piquemal s’est pleinement investi dans l’opération, qu’on lui sait gré d’avoir mené à bien avec tout le professionnalisme nécessaire, à la tête de l’Orchestre Régional Avignon-Provence. Quant à la brochette de chanteurs réunis, ils ne réservent que des satisfactions. Paradoxalement, Arnaud Marzorati a été ici convié à interpréter un rôle de pur théâtre, où il n’a rien à chanter : en matière de bouffonnerie, il n’a de leçons à recevoir de personne, et il donne une vie étonnante à ce Monsieur Maisonneuve, directeur de l’opéra d’Avignon, qui se fait appeler Casanova par pur italianisme. Le grand triomphateur de la soirée, c’est incontestablement Mathias Vidal, que l’on n’avait encore jamais vu aussi en verve, jouant à merveille de la voix de tête pour les notes les plus aiguës, jonglant sans cesse avec les styles français et italien. Sa performance a été justement saluée par le public. A ses côtés, la soprano Mélody Louledjian révèle qu’elle est capable de bien davantage que les rôles de virtuosité auxquelles on l’a un peu vite cantonnée. En entendant la richesse de son médium et la facilité de ses graves, on se dit que sa présence dans le rôle du Feu de L’Enfant et les sortilèges à l’Opéra de Paris relevait de l’erreur de distribution, et l’on a hâte de l’entendre dans un répertoire où ses qualités seront aussi bien exploitées que chez Halévy. Avec un timbre nettement différent, plus percutant mais plus acidulé, Virginie Pochon s’impose dans le rôle (à peine) secondaire de Marianne, tandis que le désormais incontournable Julien Véronèse ne fait qu’une bouchée du personnage de Valentin, très présent au début de l’œuvre mais ensuite inexplicablement sacrifié : après son air « Ceux qui se disent connaisseurs ne sont pas ceux qui s’y connaissent », il n’a pour ainsi dire plus rien à chanter. Une chose est sûre : des résurrections de ce calibre, on voudrait en entendre tous les jours !
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